Encore une fois, cette année, fin janvier, il était temps d’organiser ma visite en Loire pour assister au trois salons des vins “naturels”: la Dive Bouteille au magique et frais Château de Brézé, le salon Renaissance des Appellations au Grenier Saint-Jean à Angers et le nouveau petit Salon des Pénitentes à Angers.
N’ayant que trois jours à peine pour goûter des centaines de vins, je me suis armée des outils essentiels pour survivre cette fin de semaine: un sourire, du renfort, une brosse à dent neuve souplesse moyenne, une grande bouteille d’eau, un carnet, deux stylos, mon iPhone et mon Leica III.
Les dégustations furent intéressantes et je m’efforçais de goûter les vins que je ne connaissais pas. Ayant fait le salon l’année précédente, je me surprenais à ne pas reconnaître beaucoup des vignerons présents… Parfois je l’oublie, mais mon attrait initial pour le vin était principalement lié à sa nature de puits sans fond. Je me sentais toujours sur les marches de la découverte.
Et puis, le seul mot qui devait venir à mon esprit s’y est remis bien à l’aise: l’humilité.
“L’humilité est la première caractéristique du sommelier” nous informe mon professeur de sommellerie, Donjean Léandri, dès le premier cours.
Cet homme est son synonyme même, et vous pouvez rajouter à cela, la douceur, la gentillesse et le partage. Il fait prendre son sens à l’expression anglaise “Practise what you preach“.
Kermit Lynch a aussi une vision intéressante de la dégustation du vin. Il y a quelques mois, nous dégustions à Chablis et après avoir tournoyé son verre deux fois, il y met le nez et dit: ” What does this wine have to say?” (Qu’est-ce-que ce vin a à dire?). Voilà une belle façon de garder le nez dans le verre au lieu de le tourner vers le haut.
Depuis, c’est un travail sur soi-même que j’effectue pour rester le nez sur terre.
Mes amies s’y connaissent peu en vin. C’est-à-dire que quand je commence à leur déblatérer mes descriptifs et mes adjectifs et mes connaissances, elles me répondent souvent “Du moment que c’est bon et que c’est pas trop cher…“.
Je me rappelle donc ceci: nous ne sommes que les messagers. Certes, nous avons des goûts et des appréciations particulières (comme tout le monde), mais nous nous devons, et nous le devons à nos clients, de considérer leur palais aussi. Pas tout le monde n’apprécie le vin tendu, acide et minéral comme moi. Certains préféreront sans doute un vin boisé, charpenté, rond et beurré. Et il faut essayer de leur donner.
Je réalise de plus en plus à quel point Patrick Saint-Vincent avait raison… Il a mis en place un système de présentation de carte des vins ou le nom du vigneron était le premier à se retrouver sur la ligne.
J’aime vraiment ce symbole d’humilité, de respect et aussi cette concrétisation de l’importance du vigneron au-delà de l’appellation, du cépage et de la région.
Cela va sans dire que pas tout le monde ne connaitra les milliers de producteurs des milliers de régions viticoles mondiales! C’est pourquoi le sommelier, se doit, en toute humilité, faire de son mieux pour lui, tenter de les connaître. Et connaître ces vignerons qui, humblement, mettent tous leurs efforts, leur temps et leur passion à élaborer un jus de raisin fermenté qui saura faire sourire des milliers d’autres.
