Une poulette pas comme les autres

La première fois qu’on la voit, il ne faut pas s’en cacher, c’est sa beauté qui frappe. Grande, élancée, la tête dans les nuage et le sourire facile, Fleur Godart séduit toujours. Elle n’a pas la langue dans la poche et elle sait dire ce qu’elle pense avec conviction et douceur.

J’ai appris qu’elle venait d’une famille d’aviculteur lors d’un voyage que nous avons fait en Loire. Trois heures d’aller-retour sur l’autoroute, coincé entre une fenêtre et une Fleur, ça vous donne le temps de commencer à connaître quelqu’un.

Chose simple et étrange à la fois: elle m’a rendue curieuse des volailles…

Voici un compte rendu d’une rencontre avec une poulette pas comme les autres qui aime le vin, la vie et la bonne bouffe.

Que fais-tu à Paris en ce moment?

Je distribue des vins aux pro (restos et caves) par le biais du Vin en Tête. Je fais pas mal d’évènementiel, pédagogie douce et drôle, pour décomplexer un peu le rapport au vin et apporter un peu de vie dans le quotidien des gens/entreprises qui en ont besoin. Je distribue les volailles et les oeufs de mon père en circuit direct (pas de Rungis, on a acheté notre propre camionnette et on a un tandem de livreurs de choc). J’écris des articles sur les produits, les bouquins, les restaurants et l’actualité pour Gmag papier et le site internet.

Comment ta famille s’est-elle retrouvée dans l’aviculture?

Mon arrière grand père s’est installé comme aviculteur en 1928 en Belgique, à Rhisne, un petit village près de Namur.

Handicapé par un accident de moto où il perd une jambe, il fait naturellement appel à ses enfants pour l’aider sur l’exploitation. Paul, mon grand père, grandit parmi les volailles, et songe après la guerre à aller s’installer en France comme l’avait fait avant lui son frère Jean. Il part lui rendre visite en Eure et Loire où il rencontre une grande jeune femme hollandaise, Delphine, qui rêvait d’être fermière.

Un soir de bal au village, Paul la fait danser, et la romance commence sur un défi un peu fou: tous deux partants pour fonder un élevage, ils estiment à la louche qu’ils auraient une douzaine d’enfants! Ils se marient peu après. Installés une première fois en 1954 à Chenaud, un feu parti du grenier où les poussins étaient chauffés au charbon. Ils cherchent donc un terrain un peu plus loin, pour redémarrer leur aventure. La ferme des Grands Champs,  sur une butte de grave surplombant la Forêt de la Double, accueille la petite famille. Étienne (mon papa), l’aîné de la grande fratrie, reprendra la ferme en 1989.

Comment c’était de grandir sur une ferme?

J’ai grandi aux grands champs, avec mon frère Félix et ma sœur Alice, entre la forêt, la rivière et les poulaillers, théâtre de nos aventures d’indiens et de chevaliers.

Cabanes dans les arbres ou dans les bottes de paille, randonnées à cheval, potions magiques, jeux de rôle et chasse aux trésors, une enfance sauvage rythmée par les travaux de la ferme: il fallait gagner son argent de poche, et les occasions plus ou moins nobles de mettre la main à la pâte ne manquaient pas: nettoyer les cages et les poulaillers, ramasser les œufs le dimanche.

Quelles corvées t’ont marquées?

Un des moments importants de la journée consistait à aller “fermer les poulaillers“: la corvée devenait une fête quand les cousins (aujourd’hui, nous sommes 35!)  étaient de la partie.

Équipés de longs bâtons pour regrouper les volailles, aidés par le chien de troupeau, les enfants les plus agiles grimpaient sur les branches basses des pins parasols pour dénicher les poulets rebelles, perchés dans les arbres.

Après 2 semaines de lutte entre la tribu des enfants et des poulets, ces derniers finissaient par prendre l’habitude de rentrer tout seuls dans leurs poulaillers respectifs au coucher du soleil.

Le moulin, où nous fabriquons notre propre aliment à base de céréales locales, était aussi un formidable terrain de jeu lorsqu’arrivaient les camions de grains: une fois le silo rempli, nous plongions dans le mais ou le soja pour “aider les grains à descendre”. On prenait la tâche très au sérieux…Il y avait une corde accrochée à la poutre, et on pouvait faire des concours de sauts acrobatiques.

Qu’est-ce que le chaponnage?

Mon père est un des rares aviculteurs à pratiquer l’opération lui même, et nous l’assistions tour à tour.

Attraper les poulets, les attacher sur la table d’opération, couper le duvet sur le flan à inciser, désinfecter.

Ensuite, papa ouvre au scalpel, place une pince écartante et détache les testicules avec des pincettes, après quoi on retire la pince et on referme la plaie avec une agrafe. Un vrai coup de main à prendre, car il faut opérer chaque année plusieurs centaines de volailles.

Le plus délicat, c’est les pintades: beaucoup plus nerveuses que les poulets, elles criaillent et se débattent à force coups de pattes, d’ailes et de becs. Il faut une sacrée poigne pour les tenir tranquilles, (c’était pour nous en quelque sorte le test de vaillance, et qui avait chaponné des pintades intimait le respect aux autres enfants!).

À la différence des poulets les pintades ont besoin d’une incision de chaque côté du fait de leur morphologie.

Les pintades chaponnées deviennent des “pintadons“, et comme pour les chapons le dérèglement hormonal a pour effet une répartition de la graisse en micro-infiltrations dans les tissus musculaires: c’est le persillage.

Parfois, l’opération loupe, il reste un petit bout de testicule qui repousse, on les appelle alors “chapons loupés”. Mi coqs, mi chapons, la chair persille de façon très similaire, mais la crête et les barbillons se développent (chez les chapons, ces attributs sont atrophiés). Chez nous, on ne coupe jamais la crête, à la différence de la grande majorité des élevages, par souci de transparence (sinon, les loupés sont très difficiles à repérer).

Les chapons ont des comportements très différents des coqs: ils ne courent pas après les poulettes, ne chantent pas, et adoptent même une attitude de “mère poule”. On leur donne quelques poussins à couver, et ils prennent la chose très au sérieux (ils peuvent adopter jusqu’à soixante petits!)

Les labels et les poulets “bios”

Jusqu’à ce que je quitte la ferme, je n’imaginais pas que l’on puisse élever les volailles autrement que ce que nous faisions chez nous. Aujourd’hui il y a un tas de labels pour garantir un mode d’élevage plus ou moins qualitatif: aucun ne correspond au travail paysan que nous faisons.

Ce qu’il faut considérer, c’est que le métier d’aviculteur est très rude, et très peu de gens le font de manière aussi indépendante et intègre que mon père. Évidemment, il est beaucoup plus rentable de faire de la batterie pour les pondeuses ou du bâtiment industriel pour sortir un poulet le moins cher possible, ou bien du label, qui même s’il est habilement contourné par les industriels rassurera le consommateur dans les rayons frais des supermarchés…

Le critère déterminant de la qualité du poulet, c’est l’âge auquel il est abattu.

Le label rouge garanti 81 jours d’élevage, le bio 90 jours, et nous sacrifions les volailles entre 105 et 140 jours d’élevage. Juste le moment où la chair persille, car les poulettes se préparent à faire leur première ponte, et les poulets n’ont pas encore brûlé les graisses de “l’adolescence”. Au delà de 140 jours, les coqs deviennent agressifs et se battent, c’est ingérable.

Une fois plumés et vidés, nos poulets font environ 2,5kg: beaucoup de gens, particuliers et professionnels, sont effrayés par une bête de cette taille, car les familles sont moins grandes (même si les restes de poulet cuit sont très faciles à accommoder, ils faut cuisiner un minimum, et de moins en moins de personnes prennent le temps de le faire).

Beaucoup de restaurateurs ont pris l’habitude de servir un “coquelet” entier, qui est en réalité un très jeune poulet, (absurdité totale!) ou bien une portion d’un demi poulet de 500g au mieux, et là encore c’est du travail en cuisine, il faut aussi expliquer au client que s’il a l’impression d’être “moins bien servi” en choisissant l’aile ou la cuisse, il paiera cependant plus cher car l’écart de prix varie du simple au quadruple!

Ceci dit, en faisant les marchés à Paris, on se rend compte que beaucoup de gens sont heureux de retrouver le poulet de leur enfance: ils deviennent complètement accros et sont près à traverser Paris pour venir s’approvisionner à chaque manifestation.

Comment acheter vos volailles à Paris?

Depuis le mois de septembre, nous avons mis en place un système de livraison hebdomadaire pour les restaurateurs.

Tous les chefs qui travaillent avec nous sont des passionnés, qui se posent réellement la question du sens de leur métier; derrière chaque produit en cuisine ou en cave il y a une histoire, un producteur, qu’ils déploient et mettent en scène chacun à leur manière… C’est un véritable bonheur de faire partie de la danse.

Ceux qui font confiance à FleurPaul BertSeptime, Châteaubriand, Le Verre Volé , Vivant, Semilla, Charcuterie Vérot, Baratin, Hotel Amour, Agapé, Repaire de Cartouche, Frenchie, Bistral, Grand 8, Cheri Bibi, L’Ordonnance, Le 39V, Ramulaud, Deux Amis, et d’autre plus occasionnels.

La ferme de la famille de Fleur est située dans le Périgord. Plus d’information sur leur site.

Tough growth

Truth be told, I was not really predisposed  to fall in the barrel. My mother was not a drinker of wine. She never passed down that knowledge or passion to me. In fact, she made a grimace and sighed loudly when, in the honeymoon phase of my relationship with wine, I dramatically announced I was going to dedicate my life to it.

However, she did pass down other passions that were related: food, travel, opinions. She may not even have realized, but each simple yet delicious meal she carefully crafted was a ceremony and an occasion to sit down, catch up, communicate, at times bicker, at times laugh. As a child, she grew up on a farm in southern France in a small village to peasant parents. I often wondered what her relationship to wine was and why she had grown to dislike it so…

“I was born in south-western France, near Toulouse, in a hamlet with exactly four houses and three families, since one of the houses was empty. Not the most exciting place… To make matters worse, there were no children my age, and the closer playmates were a good kilometre  away, in a bee-line across the fields. We were two girls in the family, ten years apart, and since my sister married and moved away when I was ten years old, I spent half of my younger years as an only child. What I remember most about my childhood is being bored.

We lived on a small farm, my parents, my grandparents, my sister and me. We had five cows, a couple of pigs, and a variety of fowl, which my mother tended, apart from helping in the fields with the hay and wheat harvest. She had to get up at six every morning to make breakfast for the whole family, and milk  the cows. My father worked in a local factory which made mostly chairs and desks, the very chairs and desks we, kids, sat on in primary school. He stood all day long in front of a huge machine, a saw blade going round and round, up and down. He would push the wood  through the blade following the shapes that produced the various pieces of furniture. He had to work in the factory as the farm was not big enough to support the family. But my father had a hobby: a beloved vineyard which he tended meticulously, and from which he got the grapes to make wine. Too bad that neither the soil of the area, nor the weather, were suited to a good  vintage.

He had a huge cement vat where he put the grapes, crushed them, and  let them ferment until the dark red juice came out to be put in barrels. We would drink that wine all year long. My father was a kind, mild mannered man, and I suspect his hobby took the brunt of standing up all day in front of that roaring saw at the factory. The problem was that his wine was –to put it mildly—quite bad. It was a cross between wine and vinegar, and even when you cut it with a bit of water, the result was far from satisfactory.  But my dad was adamant that it was a great brew, and the whole family downed a glass or two at each meal to please him.

It was my father’s self assigned job to tend the vineyard. The grape harvest, however, was a family event, and all of us, including my sister and I, took part in this September activity. Picking grapes may seem fun for those city types who have never had to bend down all day under a blazing sun, and cut grapes off the vines. It’s a backbreaking job, and one I remember without fondness.

One particular year, when I was about nine years old, I was busy cutting the grapes off when I noticed a strange movement on the rough vine trunk. I stepped back, and froze, knife in hand. I could have sworn the vine bark was changing shape under my very eyes… It suddenly stretched, undulated, and raised its triangular, V-marked head. I’d been warned about snakes, and screamed in recognition, “Mom, there is a viper…here on this vine, Mom…” My father heard me first. He came to me and bashed the slithering beast with a garden hoe chopping its head right off on the brown earth. This incident did not improve my harvesting output.

 I didn’t mind living on a farm because I enjoyed the outdoors, and the freedom I had as a child. We had no running water, and of course, no TV. But I mostly missed books and playmates. I had to make do with the house cats and the shepherd dog as companions, and they complied happily most of the time.

When I reached my fourteenth year, I decided that whatever else I did, I would leave home and explore the world. In due course, I moved to Paris which I found disappointing despite its physical beauty. Later still, I ventured into England and worked hard to learn the language. As a foreigner in London, I enjoyed a social freedom that France never afforded me. Finally, I landed in Canada and made my permanent home in Montreal. I found the city both village-like in its different neighbourhoods, and stimulating in its dual culture and language. I don’t have to drink lousy wine anymore. Except that to this day, I have retained a persistent aversion to red wine, no matter how prestigious its vintage.

Clearly, there must be some affinity for wine in my genes, although it may have skipped a generation. How else can I explain my daughter Laura’s passion for the brew of the gods?” 

Many thanks for this contribution by Colette Vidal, my genitor.

In the footsteps of giants

For many sommeliers, wine lovers, and curious foodies, Paris is undoubtedly the logical epicentre for oenological discovery, great wine bars, and overall accessibility to France’s hidden treasures. It being my new home, I am inclined to agree. However, my last trip to Montreal reawakened my curiosity for the wealth of amazing and unique wines out there. Wines that are carefully and lovingly made all over the world, and who never make it past the blockade of French powerhouses that dominate the French market with an iron vine grip.

Now before I get pelted with stones, I believe that the best wines in the world are made in France; thousands of years of winemaking history, royal decrees, careful zoning and geological analysis done by very patient monks, and many factors that came together by chance and wisdom, combined with an inimitable “terroir” (yes, that word again!) have made French wines what they are today.

I am lucky to have the chance to work and cooperate with some very knowledgeable and gifted French sommeliers who are in many respects savvier than I when it comes to French wines. This being said, I am awestruck when I speak of my love for Piedmont wines made with the Nebbiolo and Barbera grapes, and blank stares rebuke me as though I was speaking of an unknown elixir lost to time.

It is unfortunate but understandable: France seems to simply have such a vast influence that the French themselves are overwhelmed by their own product and are also taught to believe that there is no need to look beyond their borders in order to find greatness.

In Quebec, it is a governmental agency, the SAQ, which controls all the wines bought and sold in the province. Albeit not always popular, it does boast a completely international selection of wines, many of which I have sampled in the last few weeks.

Case in point: the Sicilian wines of Tenuta delle Terre Nere in Etna (Etna Rosso DOC), made from the nerello mascalese and nerello cappuccio grapes that grow on the burnt slopes of the still active Etna volcano, offer a unique blend of fresh fruits and a wild, rustic, untameable feeling that I have not found elsewhere.

Chablis and oysters? Classic and delicious! Change it up and try a Greek Assyrtico from Santorini! The fresh, crisp and salty flavour of these incredible wines remind me of cold sea brine after a wave collapses into the unyielding rock.

Assyrtico vines growing in the arid soils of Santorini.

Sauternes and blue cheese… booooring! Also from Kefalonia, Greece, this delicious sweet muscat made by Sclavos could rival many Sauternes, Alsatian and Loire valley sweet wines. It has depth, sharp minerality and a swirling citrusy finish that make you want to take another sip…and another bite! Rinse and repeat.

I could go on and on…but I will end on this unseemly note for a smoked mackerel or trout, always a tough pairing…but try it with this Austrian Grüner Veltliner made by FX Pichler. It combines notes of smoky peat and an almost oily texture (granted, it’s funky on it’s own) but it acts as a great vessel when paired with smoked fish and vegetables.

The reality and added appeal is that these wines are usually offered at a fraction of the price their French counterparts go for. En plus, they make for very spicy and animated blind tastings and table talk, especially at French ones!

Many French customers that visit the restaurant and trust me to select wine for them are pleasantly surprised when I pull out foreign wild cards. They appreciate these border-crossing discoveries and have come to expect the unexpected. I just wish these wines had a bit more wiggle room in this market of French titans. But that’s just me.

Contribution by NICOLAS SMITH

Nicolas Smith is the Maître D’ at Spring Restaurant and occasionally (often) drinks wine (not just French).


if you dare