Quand je lui demande ce qui caractérise ses vins, ce qui l’inspire, Gianfranco me répond: “Je suis Gianfranco Manca! Je fais du vin. Mon vin! C’est moi! C’est tout!”
C’est pas compliqué finalement.
Après quatre heures de routes plus que sinueuses à travers les montagnes Sardes, nous arrivons finalement chez Panevino (Pain & Vin). Gianfranco viens nous chercher à l’embranchement de deux rues “principales” et nous guide vers son jardin de vignes. Nous passons à côté d’une ferme avec des cochons nonchalants et nous arrivons chez lui. Sa maison est entourée d’arbres, d’herbes sauvages plus odorantes les unes que les autres.
Gianfranco a commencé à s’occuper des vignes familiales en 1986 mais n’a sorti son premier millésime qu’en 2004. Il a aussi été boulanger (d’où Panevino). Voulant se dédier à la production du vin, il a laissé tomber son activité de boulanger mais continu à faire du pain “clandestino”. Je confirme, il n’a pas perdu sa touche.
Pour tenter de comprendre les vins de Gianfranco, aucun intérêt de lui demander comment il procède pour vinifier, les températures, l’infusion des raisins, le jus de goutte, la maturité phénolique, etc. Tous ces termes seront perdus sur lui.
Mais parlez-lui de théâtre. Et là vous verrez l’émotion dans l’homme. Plus jeune, il est rentré à l’école des arts dramatiques de Cagliari. Après un an, des obligations familiales l’extirpent de la capitale pour le rapatrier à la vie agricole familiale. Son amour pour la poésie, l’art, la peinture et la philosophie a survécu et transcende son vin jusque dans nos verres.
Je lui demande pourquoi chaque année il change ses étiquettes, parfois jusqu’à ses assemblages, il m’explique qu’il en a marre qu’on parle de notion de terroir: “Oui! Le terroir est le terroir. Mais un vin est fait par un homme (ou une femme)!” Au bout du compte, l’énergie qu’on y insuffle, c’est quand l’osmose entre la nature et l’homme se fait complètement qu’on peut y voir du génie. Il m’explique le spectre d’impact de l’homme sur la nature. D’une part, l’huile d’olive faites d’olives. Sa source, l’olivier, un arbre qui peut vivre des centaines d’années sans que l’homme ne l’affecte, et produira des olives au gré du climat qui le gracie. D’autre part, la bière, qui requiert tout l’investissement humain tant au niveau des fermentations, de la température, des transformations du malt en bière, etc. Au centre, le vigne. Le vin ne peut exister sans l’homme mais la nature a son mot à dire et l’homme doit aussi la servir. C’est l’entre-deux. Pour Gianfranco, apprendre à connaître ses vignes lui permet de créer un vin à l’humeur du temps.
Gianfranco choisit donc pour faire ses cuvées, de les élaborer au rythme de ses inspirations, de ses humeurs. Il perçoit chacune de ses parcelles comme autant de couleurs sur une palette de peintre. Il les connaît, les cultive, les plante et replante. Chacune a son identité et chacune apportera au vin de l’année sa propre caractéristique.
En plus d’élaborer ses cuvées comme tant d’œuvres d’art, il conçoit chacune de ses étiquettes à l’image de son contenu.
Encore une fois, ce sont SES interprétations. Il ne s’agit pas de faire l’accord de tous mais plutôt d’encourager le plaisir, le partage, la conversation.
Sa cuvée récente que je bois à grande gorgée depuis qu’il m’en a expédié, c’est Pikadé 2010 (assemblage de Monica & Carignano). C’est un vin d’une grande finesse et représente un certain pardon envers lui-même pour l’année difficile qu’il a eu. L’image sur l’étiquette est un papier noir à travers lequel il a enfoncé son point puis a pris une photo en tenant le papier contre la lumière. Cette image représente l’espoir d’un futur meilleur.
Ce n’est qu’un exemple des étiquettes originales, authentiques et parfois provocantes de cet être qui m’a ému par son approche franche, assumée et complètement originale du vin.
Je termine sur ce poème qu’il a partagé avec nous, témoignage de son amour partagé et vraisemblablement biblique du pain et du vin et l’impact de l’homme.
This bread I break
This bread I break was once the oat,This wine upon a foreign tree
Plunged in its fruit;
Man in the day or wine at night
Laid the crops low, broke the grape’s joy.Once in this time wine the summer blood
Knocked in the flesh that decked the vine,
Once in this bread
The oat was merry in the wind;
Man broke the sun, pulled the wind down.This flesh you break, this blood you let
Make desolation in the vein,
Were oat and grape
Born of the sensual root and sap;
My wine you drink, my bread you snap.Dylan Thomas



























![BUVETTE [byvet] n.f. - 1534 ; de boire. Petit local ou comptoir où l'on sert à boite. -> 1. bar, café, cafétéria. Tenir la buvette à une kermesse. 2008. Bar à vin sans façon situé au 4869 avenue du Parc. -> Ce soir, je vais chez Simone - Simone, c'est la nouvelle copine? - Non c'est la buvette.](http://buvettechezsimone.com/images/definition.gif)




